TÉMOIGNAGE : RÉSISTANCE ET DÉPORTATION

«Un ancien résistant et déporté dialogue avec les lycéens»

Rencontre de lycéens avec P. Suzor, ancien résistant et ancien déporté au camp de concentration de Buchenwald

Porte d'entrée du camp de Buchenwald

Porte d’entrée du camp de Buchenwald

 

Vendredi 2 juin 2017

Ce matin, les élèves de 1ère Abibac et de 2nde TMD ont reçu la visite de M. Pierre Suzor, ancien résistant qui a passé 16 mois au camp de concentration de Buchenwald.

D’une voix forte et douce, Pierre Suzor brosse un tableau rapide de son parcours hors norme. Dès le début il insiste : l’important est de connaître l’histoire pour construire un avenir heureux entre les peuples.

Pierre Suzor.1

Né en 1922 en Afrique du Sud, ayant grandi dans plusieurs pays (son père était dans les services consulaires), il arrive à Lyon en 1943 pour y faire des études de Sciences Politiques. A ce moment la zone Sud vient d’être occupée par les Allemands. Lorsque P. Suzor voit les troupes allemandes défiler avec arrogance dans les rues de Lyon, c’est décidé, il s’engage dans la résistance et participe à l’organisation du maquis du Vercors. Pris dans un piège en octobre 1943 avec les autres membres de son groupe de résistants, il est arrêté par la Gestapo, détenu 3 mois dans le Fort Montluc à Lyon, puis déporté à Buchenwald après un bref passage par le camp de regroupement de Compiègne. Il reste à Buchenwald 16 longs mois au cours desquels il participe jusqu’au dernier jour à des actions de résistance. A la libération du camp, son engagement se poursuit à travers l’assistance aux autres survivants, puis de retour en France il milite pour la mise en application du programme du Conseil National de la Résistance.
Après ce rappel, M. Suzor s’adresse aux élèves : « Maintenant posez-moi toutes les questions que vous voulez ! ». Les questions fusent : sur la résistance, sur la vie au camp, sur la libération du camp, sur le retour à la vie civile après cette expérience.

Pierre Suzor.2

Si dans ses réponses M. Suzor évoque les souffrances, les vexations, les privations et la dureté du travail forcé au camp, il insiste : ce qu’il retient de Buchenwald, c’est la solidarité et la fraternité entre détenus. Tout d’abord la solidarité  d’un co-détenu qui l’a fait passer pour un comptable, ce qui lui a permis de travailler dans les bureaux au lieu d’être à l’usine de Dora. Il est probable que ce mensonge lui a sauvé la vie. Ensuite la fraternité avec les détenus de toute l’Europe. Pierre Suzor s’est lié d’amitié avec des Polonais, des Tchèques, des Russes, des Allemands, a appris leurs langues, a chanté avec eux dans toutes les langues.

Les deux heures passées avec M. Suzor s’envolent. Au moment de nous séparer, M. Suzor s’adresse à nouveau aux élèves : « Ce n’est pas le passé qui compte, mais l’avenir, votre avenir, car bien comprendre l’histoire, c’est pouvoir préparer l’avenir ».

Pierre Suzor.3

Nul ne sait de quoi sera fait notre avenir, mais une chose est sûre, nous ne pourrons jamais oublier ce témoignage d’humanité partagée et de générosité vécue.

Nathalie Helmreich, professeur d’histoire-géographie Abibac.